Le Principe de Neutralité Géologique en Carbone (GNZ)
Rétablir l’équilibre entre le carbone extrait du sous-sol et le carbone durablement séquestré

Un déséquilibre fondamental du cycle du carbone
Depuis la révolution industrielle, l’extraction du charbon, du pétrole et du gaz, ainsi que la transformation industrielle des carbonates, transfèrent vers l’atmosphère, les océans et la biosphère du carbone accumulé dans les formations géologiques pendant des millions d’années.
Ces transferts dépassent très largement le rythme de restitution naturelle du carbone aux réservoirs géologiques et constituent une cause majeure du dérèglement climatique. La neutralité géologique en carbone propose d’agir à la source de ce déséquilibre : le déstockage du carbone géologique.
L’objectif d’équilibre GNZ
Le Principe de Neutralité Géologique en Carbone (GNZ pour Geological Net Zero) peut s’exprimer simplement :
À l’équilibre GNZ, toute quantité de carbone géologique extraite doit être associée à une quantité équivalente de carbone géologiquement séquestrée au cours de la même année.
Cet équilibre doit être atteint progressivement, selon une trajectoire compatible avec le budget carbone mondial et accompagnée d’une réduction de la dépendance aux ressources fossiles. L’équivalence s’apprécie en masse de carbone, sur la base d’un bilan net vérifié et d’exigences strictes de permanence du stockage. Le Principe vise à responsabiliser l’extraction et à accélérer la défossilisation.
La responsabilité du producteur au consommateur
Le carbone géologique peut être identifié et quantifié dès son extraction, avant ses transformations industrielles et sa distribution. Le Principe GNZ place donc la responsabilité initiale auprès des producteurs de charbon, de pétrole et de gaz, ainsi que des industries mobilisant le carbone géologique dans leurs procédés : cimenteries, producteurs de chaux, verreries, sidérurgie, métallurgie…
Cette responsabilité se prolonge dans les chaînes de valeur : transformateurs, distributeurs, industriels et consommateurs finaux. Sa répartition doit tenir compte du rôle, de l’influence et de la capacité d’action de chacun, notamment des informations et des alternatives accessibles aux consommateurs.
Chaque producteur n’a pas nécessairement à réaliser lui-même les opérations de séquestration. Il doit cependant s’assurer que le carbone mis en circulation est associé à une obligation identifiable, dont les modalités de prise en charge sont définies tout au long de la chaîne.
La responsabilité commence ainsi à l’extraction et accompagne le carbone dans l’économie.
Traçabilité et comptabilité du carbone géologique
La mise en œuvre du Principe GNZ exige une comptabilité des quantités de carbone extraites, transformées, échangées et durablement séquestrées, ainsi que des émissions associées. Elle doit permettre de suivre les obligations correspondantes, y compris lorsque les flux sont mélangés.
Cette comptabilité distingue trois étapes : la création d’une obligation à l’extraction, son éventuel transfert entre acteurs et son acquittement par une séquestration effectivement réalisée et vérifiée, selon des critères de permanence et de bilan carbone net.
Transférer une obligation ne signifie pas l’acquitter. Une obligation déjà acquittée ne doit pas être exigée à nouveau pour le même carbone.
Le Pacte GNZ a vocation à organiser les modalités pratiques de cette traçabilité, de cette comptabilité et de leur vérification.
Équilibrer les flux et résorber l’excès accumulé
Le Principe GNZ fixe un objectif d’équilibre entre le carbone extrait des réservoirs géologiques et le carbone qui y est durablement restitué. L’élimination du dioxyde de carbone atmosphérique (EDC) — ou CDR (Carbon Dioxide Removal) — désigne les procédés qui retirent du CO₂ de l’atmosphère pour le stocker durablement.
Le CDR peut contribuer à l’équilibre GNZ lorsqu’il aboutit à un stockage géologique répondant aux critères retenus. Pour résorber également l’excès historique de carbone, il faut aller au-delà de l’équilibre des extractions courantes.
La comptabilité doit donc distinguer le stockage qui acquitte les obligations liées aux extractions courantes de celui qui contribue à résorber l’excès historique.
Réduction des extractions fossiles et développement des capacités de séquestration doivent être engagés simultanément.
Du Principe au Pacte GNZ
Le Pacte GNZ propose d’organiser la coopération entre producteurs, transformateurs, consommateurs, agriculteurs, forestiers, opérateurs de stockage et pouvoirs publics.
Il vise à traduire le Principe en engagements concrets : répartition des responsabilités, financement, règles de comptabilité et vérification, au service du rétablissement de l’équilibre du carbone géologique.
Article fondateur (2021)
Pour une présentation détaillée de la proposition initiale de neutralité géologique en carbone et du cadre international envisagé, consulter «Neutralité géologique en carbone : proposition d’accord international sur le carbone fossile » (COP26, 2021).